{"id":698,"date":"2012-12-01T22:51:56","date_gmt":"2012-12-01T21:51:56","guid":{"rendered":"http:\/\/wordpress.localhost\/2012\/12\/01\/2005-nouvelle-exploration-au-puits-des-bans\/"},"modified":"2021-12-27T20:54:00","modified_gmt":"2021-12-27T19:54:00","slug":"2005-nouvelle-exploration-au-puits-des-bans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/?p=698","title":{"rendered":"2005 nouvelle exploration au puits des Bans"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"post_excerpt\">Cet article est paru sur le site : http:\/\/www.plongeesout.com \u00e0 la rubrique \u00ab\u00a0Explorations\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><br>Le sp\u00e9l\u00e9o-club alpin de Gap a pouss\u00e9 une petite pointe dans le puits des Bans (Saint-Disdier \/ Hautes-Alpes). Pour ceux qui ne connaissent pas la cavit\u00e9, il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9mergence temporaire dont le fonctionnement se rapproche de la grotte de la Luire (26) avec une mise en charge de 225 m\u00e8tres. L&rsquo;\u00e9tat actuel des niveaux d&rsquo;eau permet d&rsquo;atteindre le siphon 1 \u00e0 -209 m pour environ 1 km de d\u00e9veloppement de l&rsquo;entr\u00e9e. Le siphon 1 se franchit facilement puisqu&rsquo;il ne fait que 10 m de long pour 2 m de profondeur. Mais il s\u00e9pare les deux plongeurs du reste de l&rsquo;\u00e9quipe.<br>A eux deux de porter les sept kits dont six bouteilles sur 200 m avec 46 m de d\u00e9nivel\u00e9 vers le siphon 2 qui se trouve \u00e0 &#8211; 225 m. Cette partie est tr\u00e8s \u00e9prouvante car le parcours est tr\u00e8s accident\u00e9 dont une galerie glissante de cinquante m\u00e8tres \u00e0 45\u00b0. Nous avions atteint l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente -78 m dans le siphon 2. Cette ann\u00e9e, le terminus a \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9 \u00e0 &#8211; 103 m\u00e8tres , ce qui passe la cote du puits des Bans \u00e0 &#8211; 328 m.<br>La plong\u00e9e est rendue difficile par la temp\u00e9rature de l&rsquo;eau (7,5\u00b0) et une \u00e9troiture \u00e0 &#8211; 62 m qui impose un passage \u00e0 l&rsquo;anglaise. La visibilit\u00e9 varie de 3 \u00e0 1 m.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Avertissement aux jeunes plongeurs : Le texte qui suit est le r\u00e9cit de ma plong\u00e9e du 20 ao\u00fbt 2005, le plus fid\u00e8le possible. Je n&rsquo;ai pas souhait\u00e9 travestir les faits. Dans ces lignes, vous trouverez relat\u00e9 des comportements qui ne rel\u00e8vent pas de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire en plong\u00e9e sp\u00e9l\u00e9o. J&rsquo;ai pris, dans l&rsquo;instant, des d\u00e9cisions discutables et la prise de risques fut excecive. En revanche, si ces comportements doivent servir d&rsquo;exemple, c&rsquo;est dans la cat\u00e9gorie : mauvais exemples. Je d\u00e9conseille tr\u00e8s fortement, quelques soient les circonstances de poursuivre une plong\u00e9e sp\u00e9l\u00e9o sans fil d&rsquo;Ariane. C&rsquo;\u00e9tait une premi\u00e8re pour moi, et ce sera la derni\u00e8re. Le plongeur<\/p>\n\n\n\n<p>5 h 30 : le r\u00e9veil sonne. Dire que ce sont les vacances !! Mais, pas le temps de tra\u00eener au lit, j&rsquo;ai rendez-vous avec Christophe \u00e0 7 h sur le parking du puits des Bans. C&rsquo;est la huiti\u00e8me fois que nous descendons dans cette cavit\u00e9 cet \u00e9t\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, plus de portages qui nous cassent le dos ou de jeux d&rsquo;\u00e9quilibristes dans la galerie chaotique entre les deux siphons. C&rsquo;est le jour de la pointe. Un an de pr\u00e9paration, 200 kg de mat\u00e9riel descendu et pr\u00e9par\u00e9 devant le siphon 2. Pourtant, le d\u00e9marrage est plut\u00f4t difficile : grosse fatigue, mal de t\u00eate. C&rsquo;est s\u00fbrement un coup des sinus. Ils n&rsquo;aiment pas le chlore et la s\u00e9ance de bapt\u00eames de plong\u00e9e faite mercredi y est certainement pour quelque chose. A moins que ce ne soit psychosomatique. Un fond de trouille inconsciente devant le d\u00e9fi \u00e0 relever : franchir 80 m en siphon en premi\u00e8re, je ne l&rsquo;ai encore jamais fait. De toute fa\u00e7on, il va se passer plus d&rsquo;une paire heures avant la plong\u00e9e. Je verrai bien au moment de plonger si je suis en \u00e9tat. Il n&rsquo;est jamais trop tard pour annuler une plong\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image aligncenter size-full wp-image-695\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"450\" src=\"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_depart_du_S2_photo_C-_Pascal_.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8706\" srcset=\"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_depart_du_S2_photo_C-_Pascal_.jpg 600w, https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_depart_du_S2_photo_C-_Pascal_-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>D\u00e9part dans le S2 (photo : C. Pascal)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>7 h 00 : Christophe est l\u00e0 , aussi f\u00e9brile que moi. Nous nous \u00e9quipons rapidement en d\u00e9lirant sur les montagnes de mat\u00e9riels ultrateck tra\u00een\u00e9es par les anglais dans la source du Ressel, lors de pr\u00e9paration dans le Lot. C&rsquo;\u00e9tait la semaine derni\u00e8re. Mais nous arrivons d\u00e9j\u00e0 devant l&rsquo;entr\u00e9e du gouffre. Encore 207 m \u00e0 descendre, un peu plus de 1000 m de galerie en escaliers. La descente au siphon 1 se fait tr\u00e8s vite, m\u00eame si nous nous tra\u00eenons encore deux kits : la bouteille d&rsquo;oxyg\u00e8ne et la combinaison. Nous connaissons tellement bien ce fameux puits. J&rsquo;enfile la combinaison \u00e9tanche doucement, en prenant soin de chaque d\u00e9tail. Je sais que je ne la quitterai que dans cinq heures minimum. L&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re m&rsquo;a servi de le\u00e7on : ne jamais n\u00e9gliger le froid. Une heure et demi dans de l&rsquo;eau \u00e0 7,5\u00b0 sans pouvoir trop s&rsquo;agiter, \u00e7a refroidirait m\u00eame une baleine. D&rsquo;autant plus que l&rsquo;h\u00e9lium respir\u00e9 dans la zone profonde va me refroidir encore plus, sournoisement, par l&rsquo;int\u00e9rieur. Trois paires de chaussettes, un collant en fibre chaude, une combinaison en polaire, un gilet isotherme, le tout recouvert de la combinaison \u00e9tanche en n\u00e9opr\u00e8ne compens\u00e9e. Mon coll\u00e8gue a du mal \u00e0 la fermer. Je ne sais pas si je supporterai le froid mais je ressemble d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une baleine. Premier objectif, franchir le siphon 1 dans cet accoutrement qui doit flotter \u00e0 souhait. De plus, il me faut parcourir les 200 derniers m\u00e8tres qui nous s\u00e9parent du siphon 2 sans transpirer. Plonger mouill\u00e9 me vaudrait assur\u00e9ment une longue s\u00e9ance de castagnettes avec les dents et les genoux pendant les paliers. L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, j&rsquo;ai gard\u00e9 des crampes aux m\u00e2choires durant trois jours.<\/p>\n\n\n\n<p>10 h 15 : les pieds palm\u00e9s dans l&rsquo;eau bleu-vert du siphon 2. Un an de pr\u00e9paration, d&rsquo;organisation, pour une plong\u00e9e. Tout va se jouer en vingt minutes. C&rsquo;est le temps maximum que je puisse m&rsquo;accorder pour la descente et l&rsquo;exploration. Finalement, j&rsquo;ai bien fait d&rsquo;attendre le dernier moment pour d\u00e9cider si la plong\u00e9e serait possible. J&rsquo;ai maintenant une forme du tonnerre. Christophe me passe la cinqui\u00e8me bouteille que j&rsquo;ai bien du mal \u00e0 accrocher sur le harnais. Il n&rsquo;y a plus de place. La baleine s&rsquo;est transform\u00e9e en sapin de No\u00ebl. Je garderai la sixi\u00e8me bouteille \u00e0 la main. Je respire ma premi\u00e8re bouff\u00e9e de Nitrox 40. C&rsquo;est mon m\u00e9lange jusqu&rsquo;\u00e0 &#8211; 30 m. Mon acolyte lance un dernier coup de flash pour immortaliser l&rsquo;instant et je me laisse couler. Alourdi par la grappe de mat\u00e9riel, je descends comme une pierre pour m&rsquo;\u00e9craser \u00e0 9 m\u00e8tres, au d\u00e9part de la partie horizontale. L\u00e0, je d\u00e9pose la bouteille d&rsquo;oxyg\u00e8ne qui servira pour le palier de 6 m\u00e8tres. J&rsquo;en profite pour faire les derni\u00e8res v\u00e9rifications. J&rsquo;ajuste le mat\u00e9riel. Les d\u00e9tendeurs de secours sont accessibles. Tout fonctionne. J&rsquo;envoie un peu d&rsquo;air dans la combinaison pour m&rsquo;\u00e9quilibrer et c&rsquo;est parti. Le palmage est p\u00e9nible sur ces vingt m\u00e8tres qui me s\u00e9parent de la zone verticale. Les bouteilles ventrales s&rsquo;accrochent entre les rochers amoncel\u00e9s au sol tandis que mon casque rencontre r\u00e9guli\u00e8rement et brutalement les rognons de silex qui pendent du plafond.<\/p>\n\n\n\n<p>12 m\u00e8tres : le sol s&rsquo;ouvre sur le grand puits. En fait de puits, il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;une galerie tr\u00e8s inclin\u00e9e qui descend en escalier. Elle suis une faille \u00e0 50\u00b0 environ. Je n&rsquo;ai plus que quelques coups de palmes \u00e0 donner pour diriger une chute presque libre.<\/p>\n\n\n\n<p>30 m\u00e8tres : coup d&rsquo;hydro-frein sur les palmes. Je d\u00e9pose les deux bouteilles de Nitrox 40 pour la d\u00e9compression et je commence \u00e0 respirer le premier Trimix 18\/36\/46. Ce m\u00e9lange m&rsquo;accompagnera jusqu&rsquo;\u00e0 62 m\u00e8tres. Je me sens all\u00e9g\u00e9, le bi-bouteilles (2 x 20 litres soit 50 kg) sur le dos et une 10 litres en ventral. A 43 m\u00e8tres, je retrouve ma bobine de fil renforc\u00e9 au Kevlar. J&rsquo;esp\u00e8re que les crues ne me casseront pas celui-l\u00e0. C&rsquo;est la troisi\u00e8me fois que j&rsquo;installe un fil d&rsquo;Ariane dans ce siphon. D&rsquo;ailleurs, il en reste quelques vestiges, de-ci de-l\u00e0, formant une esp\u00e8ce de toile d&rsquo;araign\u00e9e. Un superbe pi\u00e8ge \u00e0 plongeurs !! J&rsquo;ai du m\u00e9nage \u00e0 faire. Je verrai \u00e7a \u00e0 la remont\u00e9e, si j&rsquo;ai le temps. J&rsquo;amarre le fil \u00e0 55 m\u00e8tres, sur le terminus de Fr\u00e9d\u00e9ric Poggia en 1981. Encore un gros rognon de silex. Ensuite, c&rsquo;est la derni\u00e8re grande marche d&rsquo;escalier avant l&rsquo;\u00e9troiture.<\/p>\n\n\n\n<p>62 m\u00e8tres : mon terminus de 2002. Une grande marmite pleine de sable et de blocs. Ma bouteille ventrale a fini sa descente. Son m\u00e9lange n&rsquo;est plus adapt\u00e9 pour la suite si je veux garder les id\u00e9es claires. Ce n&rsquo;est ni le moment ni l&rsquo;endroit pour jouer les alcoolos de la narcose. Je respire donc le m\u00e9lange fond, un Trimix 12\/54. Le temps de s&rsquo;acclimater \u00e0 ce nouveau m\u00e9lange, je fais du m\u00e9nage dans le fil qui joue les filles de l&rsquo;air \u00e0 moins que ce ne soit les filles de l&rsquo;eau. Le nouveau gaz est l\u00e9ger en bouche mais terriblement froid. Je traverse la marmite, les genoux dans le sable, pour m&rsquo;approcher et n\u00e9gocier au mieux l&rsquo;\u00e9troiture. Ce passage est la cl\u00e9 du siphon. Large de trois m\u00e8tres, sa hauteur n&rsquo;exc\u00e8de pas 50 cm. Pourtant, aujourd&rsquo;hui, il me donne l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre plus vaste que l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re. Peut-\u00eatre que quelques coups de marteau suffiraient \u00e0 permettre un passage avec les bouteilles sur le dos plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;anglaise. Ce serait un sacr\u00e9 confort pour la suite. Les bouteilles cognent, malgr\u00e9 tout, de tous les c\u00f4t\u00e9s contre la roche. Heureusement, deux m\u00e8tres plus loin, la galerie reprend un peu de hauteur. Aie, j&rsquo;ai du mal \u00e0 atteindre mon second d\u00e9tendeur. Il est derri\u00e8re la t\u00eate. Pour le garder en bouche, je suis contraint de mettre la t\u00eate sur la droite. Du coup, je ne vois plus o\u00f9 j&rsquo;avance. Mon bricolage de barres en fer pour laisser les bouteilles sur le c\u00f4t\u00e9 a d\u00fb se tordre au passage de l&rsquo;\u00e9troiture. Tant pis, je respirerai plus souvent sur l&rsquo;autre, mais il va falloir que je surveille de pr\u00eat mon autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>78 m : je passe devant le terminus de 2004 sans \u00e9motion particuli\u00e8re. Toute mon attention se porte sur les param\u00e8tres de la plong\u00e9e \u00e0 respecter et \u00e0 la d\u00e9couverte de ces nouveaux paysages encore inconnus. Je suis le premier \u00e0 palmer dans ce tube liquide qui se d\u00e9coupe comme un gros oeil lenticulaire. Pas d&rsquo;argile pour troubler l&rsquo;eau, pas de cailloux pour g\u00eaner la progression. Une grande \u00e9motion contenue jusqu&rsquo;alors m&rsquo;envahit. Je glisse dans cette galerie inclin\u00e9e \u00e0 40\u00b0 maintenant comme une anguille dans le courant d&rsquo;une rivi\u00e8re. Surprise ! Je ne suis pas le premier. Un Niphargus, me croise \u00e0 80 m\u00e8tres. C&rsquo;est \u00e0 peine si nous croisons nos regards, surtout lui qui est aveugle. Un extraordinaire plongeur qui n&rsquo;a ni yeux ni parole pour me raconter la suite. Le siphon est toujours l\u00e0, sur la m\u00eame pente. Tant pis, je continuerai seul.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image aligncenter size-full wp-image-696\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"450\" src=\"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_retour_au_S1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8712\" srcset=\"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_retour_au_S1.jpg 600w, https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_retour_au_S1-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>Aval du siphon 1<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>88 m\u00e8tres : mon bras droit est brutalement stopp\u00e9. Un rapide coup d\u2019\u0153il \u00e0 la bobine de fil que je d\u00e9roule toujours pour la voir d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vide. Horreur, il n&rsquo;y a plus de fil d&rsquo;Ariane. Je remonte de quelques m\u00e8tres pour trouver un amarrage solide. Le n\u0153ud fait je constate qu&rsquo;il me reste beaucoup de gaz et de temps pour l&rsquo;exploration. C&rsquo;est le d\u00e9chirement entre la prudence qui veut que je remonte et la soif de d\u00e9couverte qui m&rsquo;attire en bas. Un \u0153il sur l&rsquo;arri\u00e8re, l&rsquo;eau est claire. Le fil d&rsquo;Ariane, tendu, se perd dans la nuit. Un \u0153il sur l&rsquo;avant, le siphon est l\u00e0, clair, r\u00e9gulier. La tentation est trop forte. Je l\u00e2che le fil, ce fil qui me relie \u00e0 la surface, \u00e0 Christophe l\u00e0-haut qui m&rsquo;attend, \u00e0 C\u00e9line qui calcule notre hypoth\u00e9tique heure de sortie sans le laisser para\u00eetre, \u00e0 Titouan, mon fils, qui ignore que son p\u00e8re, est en train de faire une grosse c&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant je continue \u00e0 descendre. Tout est tr\u00e8s clair dans ma t\u00eate. \u00ab Tu n&rsquo;aurais pas d\u00fb continuer sans fil\u00bb r\u00e9sonne encore, comme un \u00e9cho sans fin. Je palme dans cet espace aquatique, isol\u00e9 du monde. J&rsquo;ai l&rsquo;impression de ressentir les sensations des spationautes qui fouleraient le sol d&rsquo;une plan\u00e8te inconnue et inhospitali\u00e8re. Un m\u00e9lange d&rsquo;excitation et de prudence, un irr\u00e9sistible besoin de poursuivre la d\u00e9couverte. A quelques m\u00e8tres, la galerie changent, des rochers sont en travers et obstruent le passage. Le plafond s&rsquo;est effondr\u00e9 et forme une barri\u00e8re. Pourtant, sur la droite, un peu en hauteur, un passage semble possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Bip, bip, bip&#8230; l&rsquo;alarme de mon profondim\u00e8tre me signale que je viens d&rsquo;atteindre 99 m\u00e8tres. Je m&rsquo;\u00e9tait fix\u00e9 deux maximums : 20 minutes de descente et 100 m\u00e8tres de profondeur. J&rsquo;ai encore du temps et des gaz. Un regard sur l&rsquo;arri\u00e8re, l&rsquo;eau est toujours aussi claire que le chemin du retour est droit. Je passe la t\u00eate au-dessus des rochers et bascule de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 sans autre difficult\u00e9. Le passage est plus grand qu&rsquo;il n&rsquo;y paraissait. La galerie est toujours dans le m\u00eame axe. Au-dessus de moi, une cloche d&rsquo;o\u00f9 sont tomb\u00e9s les rochers. Il me faudra rester tr\u00e8s pr\u00eat de l&rsquo;\u00e9boulis et l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 gauche pour retrouver le passage. Sans fil, pas question de s&rsquo;\u00e9garer dans la chemin\u00e9e. Je me laisse glisser en bas des blocs pour retrouver le sol. La suite est une belle galerie qui me semble presque horizontale de trois m\u00e8tres de haut pour un m\u00e8tre cinquante de large. Elle est un peu plus \u00e9troite en haut. Sortant d&rsquo;un conduit qui n&rsquo;avait pas le tiers de ces dimensions, elle me para\u00eet majestueuse, attirante. Le siphon continue, plus grand, plus beau&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>103 m\u00e8tres : le profondim\u00e8tre me lance \u00e0 la figure ces trois petits chiffres qui s&rsquo;incrustent dans mes neurones. Le contrat est plus que rempli. A ce moment l\u00e0, je ne r\u00e9alise pas encore \u00e0 quel point la profondeur affich\u00e9e a de cons\u00e9quences. Le retour s&rsquo;impose, m\u00eame si je n&rsquo;ai encore que 18 minutes de plong\u00e9e. Que de choses en seulement 18 minutes !<\/p>\n\n\n\n<p>Le retour : je repasse rapidement l&rsquo;\u00e9boulis et retrouve le terminus du fil Kevlar. Je r\u00e9cup\u00e8re le d\u00e9vidoir. Direction : les paliers. Le premier est \u00e0 45 m\u00e8tres. Mais avant, l&rsquo;\u00e9troiture dans l&rsquo;autre sens et la bouteille laiss\u00e9e \u00e0 62 m \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer. Au passage, je d\u00e9barrasse le siphon des vieux fils d&rsquo;Ariane arrach\u00e9s par les crues. Il y a encore celui de F. Poggia de 1981. Je bataille dur avec ces fils qui ne veulent pas venir. Je joue des ciseaux mais r\u00e9cup\u00e9rer trois fils \u00e0 la fois avec les bouteilles qui retrouvent leur place sur le ventre au fur et \u00e0 mesure de la remont\u00e9e ; c&rsquo;est pas simple. M&#8230; \u00e7a y est ! J&rsquo;ai accroch\u00e9 le casque au nouveau fil d&rsquo;Ariane. Je remue un peu la t\u00eate pour me d\u00e9crocher. Mais ce sont les bouteilles qui en profitent pour s&#8217;emm\u00ealer. Avec le premier palier \u00e0 45 m\u00e8tres, je souffle un peu, histoire de faire retomber la pression qui monte. Je d\u00e9croche le fil du casque mais les bouteilles restent bien bloqu\u00e9es. Un demi tour rapide sur le dos, puis retour sur le ventre dans un fracas de m\u00e9tal rencontrant violemment la roche. Je me suis lib\u00e9r\u00e9 du fil mais le scaphandre en a pris un coup. Heureusement que j&rsquo;ai des protections de robinetterie. La remont\u00e9e reprend plus calmement, au rythme des paliers tous les trois m\u00e8tres. J&rsquo;enroule les derniers m\u00e8tres de vieux fils autour d&rsquo;un X de bois, \u00e0 la mani\u00e8re des fileuses. 30 m : je retrouve les deux bouteilles de Nitrox. Changement de gaz respiratoire. Je ressens une vague de douceur m&rsquo;envahir. Ce gaz est vraiment moins froid. J&rsquo;en profite pour brancher le Nitrox sur ma combinaison pour la remplir et gagner quelques calories. Je quitte les 30 m\u00e8tres bard\u00e9 de cinq bouteilles. 27 m\u00e8tres, 24 m, 21 m, 18 m, 15 m, 12 m plus je me rapproche de la surface plus les paliers s&rsquo;accroissent. 9 m\u00e8tres, la galerie horizontale&#8230; 6 m\u00e8tres, le dernier palier mais le plus long. 23 minutes \u00e0 attendre dans ce demi brouillard. L&rsquo;eau est turbide. Je distingue \u00e0 peine la paroi \u00e0 30 cm de moi. Je prom\u00e8ne mes six bouteilles autour du puits de sortie sans quitter la profondeur du palier. Avec cette visibilit\u00e9, le panorama est plut\u00f4t limit\u00e9. Les tremblements ont d\u00e9but\u00e9 aux paliers de 21 m, mais ils ne sont pas continus. J&rsquo;ai m\u00eame l&rsquo;impression d&rsquo;avoir un peu plus chaud \u00e0 6 m\u00e8tres. Certainement un effet de l&rsquo;oxyg\u00e8ne et une combinaison moins \u00e9cras\u00e9e par la pression. J&rsquo;aurai \u00e9vit\u00e9 le calvaire de 2004. C&rsquo;est un bon point. Les paliers sont finis. Pour assurer la sortie, je remonte en respectant la vitesse de 1 m\u00e8tre par minute.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image aligncenter size-full wp-image-697\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"452\" height=\"600\" src=\"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_organisation_de_la_plongee.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8709\" srcset=\"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_organisation_de_la_plongee.jpg 452w, https:\/\/speleoclub-gap.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_2005_organisation_de_la_plongee-226x300.jpg 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 452px) 100vw, 452px\" \/><figcaption>Organisation de la plong\u00e9e<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Enfin la surface : Je retrouve le sourire crisp\u00e9 de Christophe. Il n&rsquo;a pas d\u00fb avoir chaud non plus. Depuis une heure vingt, il m&rsquo;attend sous sa tente improvis\u00e9e de couvertures de survie et deux bougies pour tout chauffage. Il me d\u00e9barrasse des bouteilles ventrales, une \u00e0 une, et m&rsquo;aide \u00e0 m&rsquo;asseoir au bord de l&rsquo;eau. J&rsquo;enl\u00e8ve le reste du mat\u00e9riel qui me tient encore attach\u00e9 aux bouteilles dorsales. Lib\u00e9r\u00e9 de toutes entraves, je vais me glisser sous l&rsquo;abri d&rsquo;aluminium pour me refaire une sant\u00e9. Le froid et la fatigue sont l\u00e0. J&rsquo;en ai encore pour plusieurs heures \u00e0 \u00e9liminer l&rsquo;H\u00e9lium accumul\u00e9 dans mon corps. Il me faut \u00e9viter pour un moment les gros efforts. Christophe qui d\u00e9monte mon scaphandre me lance : \u00ab Tu t&rsquo;es battu l\u00e0-dessous, les fixations des bouteilles sont compl\u00e8tement tordues ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour toute r\u00e9ponse, dans un claquement de dents : \u00ab j&rsquo;me suis accroch\u00e9&#8230; \u00bb Je lui tends le profondim\u00e8tre. Il lit : \u00ab 103 c&rsquo;est des minutes ou des m\u00e8tres ? \u00bb Lui aussi n&rsquo;en revient pas. 103 m\u00e8tres dans le puits des Bans. 70 m sous le niveau de la source, \u00e0 5 km de l\u00e0. 103 m\u00e8tres en fond de trou, en deuxi\u00e8me siphon. C&rsquo;est fou&#8230; et \u00e7a continue !<\/p>\n\n\n\n<p>12 h 00 : apr\u00e8s quelques minutes d&rsquo;euphorie, nous revenons \u00e0 la suite des op\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p>Christophe prend le premier 20 litres sur le dos pour l&rsquo;acheminer au siphon 1. Je suis encore compl\u00e8tement \u00e9puis\u00e9. Pas de portage pour l&rsquo;instant. Je range le mat\u00e9riel dans les sacs. Il y en a sept \u00e0 ramener. Je retourne sous le point chaud, notre tente de fortune pour attendre Christophe. J&rsquo;en profite pour avaler quelques barres. La forme revient.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis c&rsquo;est le second voyage. Christophe se charge de la deuxi\u00e8me 20 litres. Je commence doucement avec la 6 litres aluminium. Le balai des portages reprend. A chaque croisement, nous \u00e9changeons quelques mots sur les explorations futures. Mais c&rsquo;est surtout pour souffler.<\/p>\n\n\n\n<p>14 h 00 : les sept charges sont dans la vasque du siphon 1. Deux photos avec le retardateur et nous plongeons avec notre montagne de sacs. Je passe trois sacs et sors de l&rsquo;eau pour me changer. Christophe fait deux voyages. Nous rangeons les sacs un peu plus haut. Le niveau du siphon peut rapidement varier. Demain, quatre coll\u00e8gues doivent descendre les r\u00e9cup\u00e9rer. Ce serait b\u00eate que les sac soient inaccessibles sous l&rsquo;eau. La remont\u00e9e des 207 m qui nous s\u00e9pare du soleil sera extraordinairement lente. 2 h 30 pour sortir alors que nous mettons moins d&rsquo;une heure habituellement. Cela fait bient\u00f4t dix heures que nous sommes sous terre et les pauses ont \u00e9t\u00e9 minimales. Nous sommes crev\u00e9s et les deux sacs que nous remontons sont horriblement lourds.<\/p>\n\n\n\n<p>17h30 : nous retrouvons les voitures sur le parking. Nous sommes surpris de ne voir personne alors que cette cavit\u00e9 est la plus fr\u00e9quent\u00e9e du D\u00e9voluy. Un coup de t\u00e9l\u00e9phone pour dire que tout va bien. Assis dans le coffre de la voiture, nous entamons enfin un vrai casse cro\u00fbte en d\u00e9lirant sur nos futiles exploits&#8230; et les suivants.<\/p>\n\n\n\n<p>Un coup de chapeau \u00e0 <strong>Christophe PASCAL<\/strong>, mon plongeur de soutien, qui a assur\u00e9 le portage des grosses charges entre les siphons pendant que je r\u00e9cup\u00e9rais.<\/p>\n\n\n\n<p>Un grand merci aux sherpas qui sont descendus le dimanche pour remonter les sacs du siphon 1 : <strong>C\u00e9line Broggi (Darboun), Michel Ricou (le Chourum), Fran\u00e7ois Parrini (SCA Gap) et Georges Archer (SCA Gap), le v\u00e9t\u00e9ran de l&rsquo;\u00e9quipe qui a remont\u00e9 sa bouteille de 10 litres. Merci aussi \u00e0 Eric Fauroux (Chourum) et Alain Desmet (SC des Hauts de Seine)<\/strong> pour le coup de main quelques jours plus tard pour remonter les 20 litres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article est paru sur le site : http:\/\/www.plongeesout.com \u00e0 la rubrique \u00ab\u00a0Explorations\u00a0\u00bb Le sp\u00e9l\u00e9o-club alpin de Gap a pouss\u00e9 une petite pointe dans le puits des Bans (Saint-Disdier \/ [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":8706,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-698","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-publications"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=698"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/698\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9555,"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/698\/revisions\/9555"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8706"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/speleoclub-gap.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}